Autrefois en Iran, vivait un sultan très cruel. Dès que quelqu'un le contrariait ou lui désobéissait, il ordonnait qu'on lui coupe la tête. Homme, femme, enfant,
vieillard: il n'avait de pitié pour personne. Car le seul être au monde qu'il aimait, c'était son fils, le prince.
Un jour, le jeune prince partit seul à cheval pour chasser le sanglier. Quand le soir arriva, il n'était toujours pas rentré. Le lendemain matin non plus. Alors,
très inquiet, le sultan fit appeler ses serviteurs:
- Bande d'incapables ! cria-t-il. Pourquoi avez vous laissé mon fils partir seul à la chasse ?
Les serviteurs baissaient la tête, tremblant de peur.
- Je vous ordonne de partir à sa recherche immédiatement, continua le sultan. Et ne vous avisez pas de revenir sans lui. Car si l'un de vous m'apprend qui lui est arrivé malheur, je lui ferai
couper la tête !
Catastrophés, les serviteurs partirent à toutes jambes dans la forêt, pour essayer de retrouver le prince. Ils explorèrent chaque clairière, chaque fourré.
Hélas, ils finirent par trouver le prince mort, au pied d'un arbre, une blessure au côté. Pas de doute: un sanglier l'avait tué !
- Misère ! gémirent-ils. Comment allons nous annoncer cette terrible nouvelle au sultan? Celui qui le fera aura aussitôt la tête coupée !
- Nous n'avons qu'à parler tous en même temps, proposa l'un.
- Es-tu fou ? dit un autre. Le sultan serait capable de nous couper la tête à tous !

Alors le plus vieux serviteur, qui s'appelait Ali, prit la parole:
-Laissez-moi faire. Je sais comment nous tirer d'affaire..
Sans perdre un instant, il rassembla quelques morceaux de bois, trois bouts de ficelle, et trois boyaux de cheval qui séchaient dans sa poche. Puis, il s'assit en tailleur et se mit à fabriquer
une espèce de petite guitare. Quand sa guitare fut achevée, il dit aux autres serviteurs:
- Suivez moi !
Un peu inquiets, les serviteurs suivirent Ali jusqu'au palais.
Arrivé au palais, Ai s'avança vers son maître, la tête basse:
- M'apportes-tu des nouvelles de mon fils ? Demanda le sultan.
- Oui, seigneur, répondit Ali.
Sur ce, il s'assit en tailleur et se mit à jouer de la guitare. Il jouait si bien qu'en fermant les yeux,on avait l'impression de voir sa musique se transformer en images.
Au début, il caressa gaiement les cordes:
ki-ti-klong,
ki-ti-klong.
- Tiens ! pensa le sultan: on dirait le bruit des sabots du cheval de mon fils quand il part à la chasse !
Puis Ali se mit à gratter les cordes plus fort,
braoum,
braoum:
- Brrr, frissonna le sultan, on dirait les grondements d'un énorme sanglier !
Enfin, Ali pinça une corde aiguë, et un son déchirant s'éleva de l'instrument:
- Mon Dieu ! se dit le sultan, on dirait la voix de mon fils qui appelle à l'aide !
Quand Ali s'arr

êta de jouer,
un silence de mort s'installa dans le palais.
Au bout d'un moment, le sultan se leva et dit à Ali:
- Mon fils est mort, n'est-ce pas ?
Le serviteur hocha la tête. Retenant ses larmes, le sultan continua:
Sais-tu ce que j'ai promis à celui qui m'annoncerait cette mauvaise nouvelle ?
- Je sais, répondit Ali. Mais ce n'est pas moi que vous devez punir... C'est ma guitare. C'est elle qui vous a tout raconté !
Alors, fou de chagrin, le sultan ordonna qu'on décapite la guitare sur le champ. Et tous les serviteurs poussèrent un grand soupire de soulagement !
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